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De nombreux ouvrages sont sortis sur le dérèglement du capitalisme financier et notamment le déphasage entre l'économie réelle et le monde de la finance. Je vous renvoie à tous les ouvrages du prix Nobel Stiglitz qui ont été traduits en français. Je vous recommande un ouvrage que j'aime tout particulièrement, prophétique, celui du Toulousain François Morin, "Le nouveau mur de l'argent", qui est sorti aux éditions du Seuil l'an dernier. C'est un ouvrage un peu technique qui décrit ce que pourrait être un système mieux régulé. C'est un ouvrage qui fait le point technique et apporte des propositions politiques en matière de régulation. Je vous remercie et à bientôt!
Moderateur_2: Bonjour à tous et bienvenue sur ce Tchat spécial Crise financière.
Nicolas: La crise est-elle finie? Si non, comment le savoir?
On est face à une crise qui pose de multiples problèmes économiques, notamment en matière de répartition de la valeur ajoutée. Pour me faire comprendre, on peut prendre l'exemple des Etats-Unis. Là-bas, le pouvoir d'achat des ménages a augmenté de 2,5 % par an ces six dernières années alors que les dépenses des ménages ont augmenté plus rapidement. Les dépenses de santé ont augmenté de 36% dans la même période, et les frais d'études universitaires de 46%. Ceci à conduit les américains à s'endetter pour se soigner et étudier...Il s'ensuit une bulle de la dette extrêmement importante qui touche tous les domaines d'activité de la société américaine, et parallèlement il a bien fallu développer des services financiers susceptibles de répondre à ces besoins des ménages américains.La valeur ajoutée, en caricaturant, c'est la façon dont on se partage les fruits de la croissance. Or ce partage a été profondément inégal : 1% des Américains les plus riches se sont accaparés 80% des fruits de la croissance. Cette croissance est aussi très inégale dans le monde.Mais un élément peut relever dans les analyses : c'est que le partage de la valeur ajoutée s'est réalisé au profit de la finance et aux dépens de l'industrie. Les bonus des grands acteurs de la finance mondiale sont sans commune mesure avec le salaire des grands patrons pourtant jugés souvent très élevés par l'opinion publique. Je ne défends pas ici les pratiques de salaires exorbitants et de parachutes dorés qui sont largement remises en cause aujourd'hui, y compris au MEDEF.
En fait la crise réelle préexiste avant la crise monétaire et financière. Contrairement à ce que les médias rapportent aujourd'hui : c'est d'abord une crise réelle. Un économiste keynésien, Minsky, a bien montré que les racines de la crise sont toujours dans la période de croissance. Portés par l'euphorie, les banquiers prêtent en acceptant des risques toujours plus grands et quand l'activité se retourne, ils purgent leurs portefeuilles des créances douteuses et des mauvais clients. C'est ce que nous vivons aujourd'hui avec la crise des liquidités. Cette analyse, nous la devons à Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie.
Cela pose clairement des problèmes de répartition et des inégalités dans ce pays. Nous sommes très proches de 1929 puisque les salaires n'ont pas suivi et que les Américains vont devoir faire face à une forte contraction de leur pouvoir d'achat.
typo: Vous parliez tout à l'heure de "salaires n'ayant pas suivi" aux USA et et de "contraction du pouvoir d'achat"... Qu'en est-il en France et en Europe selon vous?
La question posée est très intéressante. Dans un contexte de mondialisation, la compétitivité des zones Europe et USA a d'abord été une compétitivité qui a impliqué de faibles augmentations de pouvoir d'achat des salaires. Ces dix dernières années les deux zones ont répondu différemment. Les Etats-Unis ont reporté la question du pouvoir sur la dette individuelle et ia politique de la Fed d'Alan Greenspan est en grande partie responsable de la dette américaine, je voudrais faire remarquer que la politique de la BCE a été stricte de ce point de vue. En Europe les contractions sur le pouvoir d'achat ont été accompagnées d'un endettement de l'Etat ce qui fait qu'on n'a pas la même structure de dette. L'une est individuelle, l'autre collective. Mais le montant de la dette européenne est sans commune mesure avec la dette américaine. Les plus endettés ne sont pas ceux que l'on croit!
vincent64: Quelles sont les similitudes entre 1929 et aujourd'hui ?
La première similitude est liée à la répartition et au fait que l'endettement trop important d'une économie peut conduire à une crise mondiale. Mais il ne faut pas assimiler la crise de 1929 à celle de 2008. La crise de 2008 s'accompagne d'une financiarisation importante de l'économie, cette financiarisation touche tous les domaines de la vie quotidienne des populations ce qui n'était pas le cas en 1929. Je suis tout à fait étonné que certains économistes proposent la mise en place du crédit hypothécaire en France, car la confusion entre prêts pour le patrimoine et prêts consommation est à la base de l'échec du modèle américain. Les ménages US qui ont vu la valeur de leur maison augmenter ont connu un effet de richesse positif qui les a conduit à s'endetter aussi sur la consommation. Le retournement de la crise est très douloureux pour les catégories moyennes les plus fragiles. Une réflexion me semble nécessaire en France sur l'endettement des travailleurs pauvres à travers le crédit revolving qui est de fait une procédure très proche, quoique plus limitée, des formes américaines de crédit. Les travailleurs pauvres ne peuvent maintenir leur pouvoir d'achat qu'en s'endettant, en France comme aux Etats-Unis.
La crise que nous vivons n'est pas qu'une crise financière, elle a sa source dans l'économie réelle, il est donc logique que ses conséquences soient durables, même s'il est très difficile de mesurer aujourd'hui cette durée. Les ménages vont connaître des difficultés au niveau de leur consommation du fait d'un effet de richesse négatif car la valeur de leur patrimoine se dégrade du fait de la crise immobilière. La consommation qui était à la base de la croissance française devrait en pâtir. Ce phénomène peut être renforcé par les difficultés de refinancement des ménages qui sont touchés de plein fouet par la limitation des crédits des banques. Par exemple les sociétés de financement du secteur automobile ont aujourd'hui de grosses difficultés pour accorder des prêts aux ménages. Par ailleurs, les profits des sociétés seront aussi impactés par la crise puisque de nombreuses sociétés (pas que les banques) ont connu des hausses de profits uniquement liées à leurs placements financiers. La part des produits financiers dans les résultats des firmes devrait baisser, ce qui amènera encore une volatilités des marchés actions.De nombreux secteurs peuvent être touchés. On peut penser directement à la grande consommation, l'automobile et bien sûr le bâtiment.
Le meilleur exemple en France ce sont les reportages sur l'endettement de l'économie locale. On voit bien que la sphère publique va être impactée par le coût de la dette, donc les impôts, etc...
Reslinger_Coralie: Est-ce une preuve de l'échec du capitalisme et de l'ultra libéralisme?
A partir de 1929 et notamment après 1945 on a assisté à une montée en puissance des régulations économiques portées par les Etats avec les politiques keynésiennes. Le capitalisme peut aller de pair avec l'intervention de l'Etat puisque c'est à cette époque qu'on a connu la croissance dite des Trente Glorieuses. Les appels à un nouveau Bretton Wood de la finance ne sont pas sans intérêt. En ce sens cette crise ne marque pas l'échec du capitalisme car le capitalisme s'est remis de la crise de 1929.
Elle montre l'échec d'un capitalisme centré sur la finance et autorégulé, selon la fameuse phrase d'économistes américains: seul le marché peut s'occuper le marché. Notre crise actuelle montre bien le contraire.
Sapro_1: Qui sera le plus touché par cette crise? Les petits porteurs ou les grosses sociétés? et à travers cela, quels risques pour les emplois. En gros, qui supporte aujourd'hui le risque?
On est touché par une crise économique selon la taille du patrimoine que l'on détient. Les gros patrimoines et les grosses sociétés auront les moyens d'y faire face même à un coût élevé. 1929 est intéressant puisque la plupart des grandes sociétés américaines ont surmonté la crise. Les grandes sociétés ont les moyens de faire face à la crise, ceux qui supportent le risque en dernier ressort sont les employés et les petits porteurs. Il y a un dessin dans le New York Times qui décrit bien ce qui se passe: le premier dessin qui symbolise 1929 montre des banquiers qui se suicident en se jetant du haut d'un gratte ciel, le dessin d'aujourd'hui montre des banquiers qui poussent leurs employés dehors et qui les "font" se suicider.L'impact sur l'emploi d'une crise de ce type dépend des modèles de capitalisme. En ce sens, je pense que les mesures de libération des heures complémentaires devraient conduire à une aggravation très rapide du chômage en France. Les ménages qui subissent un effet de richesse négatif vont tenter par tous les moyens de maintenir leur pouvoir d'achat, y compris en travaillant plus. Ce phénomène légitime, concomitant avec une crise touchant la consommation, le bâtiment et tous les services liés à la finance, devrait conduire à une forte augmentation du chômage en France dans les mois à venir (atténuée par un contexte démographique favorable). Ce sont les catégories les plus "flexibles" qui devraient en pâtir, petites entreprises de sous-traitance, bâtiment, etc.
Steph-33: Contrairement à d'autres crises financières, est-ce que pour une fois les petits épargnants ont été davantage protégés et moins les victimes directes de décisions qui les dépassent?
L'exemple que je vais prendre c'est la crise de l'Internet de 2000. Lors de cette crise, ce sont les porteurs d'actions individuels qui ont le plus perdu. Les gestionnaires d'actifs et notamment les mutual fonds américains ont limité leurs pertes grâce à leur politique de diversification. Si vous me parlez de petits épargnants qui placent sur un livret de Caisse d'épargne à la française, il est évident que ceux-ci sont moins soumis au risque, le livret A est un amortisseur à la crise et il joue en plus un rôle positif car il permet de collecter des dépôts qui peuvent permettre aux banques de faire face à leur problème de liquidités. En ce sens, les risques sont limités, sauf en cas de krach majeur qui provoquerait la faillite généralisée du système bancaire. Ce scénario à la 1929 ne peut pas être totalement exclu, même s'il reste peu probable.
L'exemple le plus intéressant, c'est la Banque postale qui collecte massivement les dépôts des petits épargnants qui peuvent parfois fuir les autres banques. La Banque postale est d'ailleurs censée mettre sur le marché une partie de son capital très rapidement. Cette probabilité s'éloigne avec les difficultés actuelles des marchés d'actions.
pierre: Le plan Paulson est il un bon moyen de régulation de la crise?
Vous posez une question très technique. Le plan Paulson de 700 milliards de dollars initialement, a pour objectif de racheter les créances douteuses par un système d'enchères inversées. La question centrale est de sortir les créances toxiques pour ne pas que le marché des créances soit affecté par ces créances douteuses. Ce n'est pas du tout la voie choisie par l'Europe qui a choisi d'acheter les actifs de bonne qualité pour permettre aux banques d'avoir de la liquidité. Le plan Paulson va-t-il réussir? C'est un moyen technique qui pose un certain nombre de problèmes puisqu'il s'agit d'acheter des "déchets". L'évaluation du coût d'un déchet est très difficile à faire. D'où de fortes polémiques aux USA sur la capacité américaine à chiffrer le coût du plan Paulson. On a l'exemple de la faillite des caisses d'épargne dans les années 80 où le plan de renflouement a coûté trois fois plus cher que prévu.
La question centrale pour la fin de la crise est de savoir si la politique menée par les Etats-Unis est une politique crédible pour équilibrer les marchés; Beaucoup d'économistes en doutent. Nous sommes dans un contexte de campagne électorale et le coût de la restructuration du capitalisme américain est sûrement sous-évalué.
pierre: Peut-on dire que cette crise s'est généralisée?
Ceci voudrait dire qu'il y a un virus qui a atteint l'ensemble du corps économique. C'est l'explication traditionnelle et facile. Ce virus ce sont les traders, la finance de marché qui auraient contaminé l'ensemble de la société. Je dirais que ceci est vrai puisque la financiarisation du monde a touché tous les comportements. Qui n'a pas été tenté par cette économie de casino, même à titre individuel? Nous avons face à nous une crise dont les fonctionnements sont connus depuis très longtemps et étaient prévisibles. On peut se poser la question pourquoi les Cassandre, les économistes qui prévoyaient cette crise, n'ont jamais été entendus. Des économistes de tout bord politique ont dénoncé les débordements. Des Prix Nobel (comme Stiglitz), ont publié de nombreux ouvrages sur le sujet. Aujourd'hui nous n'avons pas une crise surprenante, puisqu'elle a les mêmes racines que la crise de 1929. Une crise naît toujours dans l'euphorie d'une période de croissance. La question n'est pas de réguler les comportements des acteurs économiques pendant la crise, mais de contrôler leur comportement pendant la période de croissance. Donc aujourd'hui on éteint le feu sans savoir quel va être le coût de l'incendie.
La seule question valable est : comment va-t-on mettre en place des garde-fous pour limiter les errements à venir du système économique. C'est ce que l'on a tenté de faire à Bretton Wood après la crise de 1929. C'est ce que j'espère que l'on réussira demain.
codis33: Ne pensez-vous pas que la politique des banques, d'augmenter les taux d'intérêts est une erreur monumentale, surtout lorsque certaines banques ont des actifs énormes? Le crack boursier est différent du risque de crack financier pour notre pays...
Les banques sont au centre du système économique puisqu'elles sont censées financer la croissance économique. Il est évident que les banques ont changé profondément de comportement dans ces vingt dernières années. Ceci est dû en grande partie à la confusion entre banques de dépôts et banques d'investissement. Un chiffre: le rapport pour une banque entre les actifs qu'elle détient et ses dettes au niveau américain est de 1 pour 32. Il y a un problème pour les banques qui disposent de peu d'actifs pour faire face à un problème de crédits. C'est pour cela que les banques ont cherché à se débarrasser de ces dettes par la titrisation.
L'erreur des banques n'a pas été d'augmenter les taux d'intérêt mais au contraire, dans la période d'euphorie, de prêter sans se poser des questions de solvabilité, notamment aux USA, sachant qu'elles pouvaient se débarrasser des dettes. Imaginez un monde où vous pouvez prêter en vous débarrassant des créances douteuses? C'est une incitation à l'endettement.
Reslinger_Coralie: Est-ce que les fusions et les rachats de banque qui se passent actuellement ne sont pas dangereux dans une vision de monopole dans certains pays?
Il est probable qu'on assiste à une forte concentration bancaire qui va poser des problèmes concurrentiels. Je vous rappelle le débat sur les tarifs bancaires qui symbolisent clairement l'oligopolisation des marchés bancaires. Aujourd'hui le législateur ferme les yeux pour sauver son système bancaire, notamment le législateur américain. Tous les yeux sont fixés aujourd'hui sur la régulation de la finance et sur une moralisation de ces pratiques. Mais le rôle de la banque, notamment d'investissement, devra faire l'objet de discussions au niveau international. Je ne parle pas ici bien sûr d'une nécessaire remise au pas des paradis fiscaux qui accueillent de nombreuses filiales de nos groupes bancaires et de nos groupes industriels.
Laplonge: Quelles conséquences réelles doit-on envisager et quelles répercussions sur les prix de l'immobilier? N'y a-t-il pas un risque que davantage de placements ne se fassent sur la pierre... et encore des prix qui grimpent?
La crise actuelle est une crise qui est liée à l'inflation du prix des actifs. On s'endette, on achète des actifs notamment immobiliers dans une perspective financière: on espère revendre ces actifs plus cher. De fait, on maintient artificiellement son pouvoir d'achat grâce aux plus-values réalisées. Ces dernières années, certains ménages dans les pays anglo-saxons mais aussi en Europe continentale se sont enrichis uniquement en profitant de l'achat-vente de leur résidence principale. Ceci a une conséquence directe, c'est ce qu'on appelle un effet de richesse positif : les personnes vont accompagner cette augmentation de patrimoine par une augmentation de consommation.
Aux Etats-Unis, les ménages hispaniques qui ont acheté une belle voiture à côté de leur belle maison avec un beau lecteur LCD symbolisent cet accès à une consommation liée à un effet de richesse patrimoniale. Le renversement de tendance des prix immobiliers est inéluctable. Toutes les crises s'accompagnent d'une déflation de tous les actifs. Le prix de l'immobilier est inscrit durablement à la baisse. Je vais faire une remarque : quand vous pensez être riche en détenant une maison de 300 000 euros vous avez beaucoup de mal à baisser le prix de votre maison lors de la vente. Les baisses actuelles du prix de l'immobilier sont moins rapides que la baisse du prix des actions puisqu'un agent économique révise très lentement à la baisse le prix de sa maison (c'est ce qu'on appelle une rigidité à la baisse). Ceci a une conséquence très nette: les prix baissent peu mais il n'y a plus de transactions. L'indicateur de baisse d'un marché immobilier ce n'est pas le prix des maisons mais le nombre des transactions et le stock du catalogue des agences immobilières.
Claude_Deloume: D'où sortent les milliards que les états s'engagent à mettre au pot ?
La question est très intéressante. Certains s'étonnent que l'Europe trouve 1 700 milliards d'euros facilement alors qu'en France on a eu du mal à financer 1 milliard d'euros pour le RSA. Tout d'abord il faut dire qu'il s'agit d'une garantie bancaire et qu'il n'est pas sûr que tout cet argent ne soit dépensé. L'idée est simple : l'Etat s'endette, lève des fonds peux coûteux puisque c'est sans risque, les banquiers ont besoin de liquidités et peuvent donc se refinancer à moindre coût en payant seulement une commission à l'Etat. C'est une idée intelligente qui fait aujourd'hui l'unanimité chez les économistes, même si cette stratégie présente certains risques.Les montants annoncés sont faibles au regard du problème qui se pose. On met en garantie 1 700 milliards d'euros alors que le marché de la dette serait aux alentours de 62 000 milliards de dollars. Je ne dis pas ici que toute cette dette est pourrie. Mais les 1 700 milliards semblent importants alors que le montant du problème peut être très supérieur. Les crédits douteux, les fameux subprimes, ne sont qu'une partie des difficultés du système, puisque l'on craint un problème similaire sur les fonds levés par les LBO, techniquement ce que l'on appelle des ARM. Si les LBO devenaient douteux, il faudrait trouver beaucoup plus d'argent pour faire face à un nouveau krach du système bancaire. En ce sens les pays européens semblent avoir éteint un incendie, ce qui ne veut pas dire que le feu ne couve pas ailleurs.
Il est important de comprendre que ce système n'a pas d'impact sur le budget de l'Etat aujourd'hui. D'où l'affirmation de François Fillon qui dit : ça se fait à coût nul pour le contribuable. Il s'agit d'un montage que je peux qualifier d'intelligent, c'est la seule solution possible pour injecter des liquidités quand on est un Etat qui a un déficit budgétaire. L'impact est lié à la dette de l'Etat puisque le taux d'endettement de la France devrait augmenter, et le coût de refinancement de la dette aussi, même si celui-ci est compensé par les commissions des banques. Certains ont parlé de bonne affaire puisque l'Etat contrairement au plan Paulson s'il intervient dans la capitalisation des banques est censé acheter des actifs de bonne qualité qui pourront être revendus plus tard. Mais une bonne affaire aujourd'hui peut être problématique demain si la situation économique des banques se détériore. L'histoire financière a montré que les plans de financement sont toujours plus coûteux que prévus lors des annonces.
Imaginons que certains actifs ne soient pas in fine de bonne qualité. Je fais remarquer que nous voyons éclater et disparaître certains critères de Maastricht. La crise rend caduques certaines normes de ce traité.
marlier: Si la crise avait démarré dans un pays sous-développé, qui ne fait pas partie du G7, n'aurait-on pas vu la monnaie s'effondrer puis le FMI et la Banque mondiale exiger un programme draconien pour les habitants de ce pays (par exemple interdiction d'avoir des devises pour sortir du pays)?
C'est évident. Mais on n'est pas du tout à l'abri d'une crise de ce type. Les tensions monétaires, notamment dans la zone Asie, sont à leur maximum. La crise thaïlandaise de 1997 peut très bien se reproduire. Il est évident qu'il est injuste, vu de ma place, que l'on n'exige pas les mêmes normes financières des pays émergents et des pays centraux. C'est la force de l'empire américain qui peut faire payer sa crise aux autres pays de la planète. Jamais le FMI n'exigera un redressement des finances américaines puisque ce pays est le principal bailleur de fonds du FMI. Nous ne sommes pas du tout à l'abri d'une crise monétaire majeure. Aujourd'hui, malgré les difficultés économiques américaines, le dollar sert toujours de refuge. Certains économistes redoutent un effondrement du dollar, mais je ne suis pas un spécialiste d'économie monétaire...
rosy: Je possède une assurance-vie depuis 2 ans et je me demande si ça vaut le coup de la laisser ou vaut-il mieux la fermer?
La difficulté quand on est économiste c'est de ne pas se transformer en oracle. Si on subit une crise type 1929 le problème est qu'elle sera durable. La crise actuelle peut être suivie par des répliques qui toucheront la valeur des actifs. Il est tout à fait probable que l'annonce des résultats trimestriels des sociétés soit très mauvaise et ceci ne sera pas sans conséquence sur la valeur des placements. Je ne suis pas un spécialiste du placement, et je ne voudrai pas m'aventurer sur ce terrain.
Moderateur_2: Merci à tous d'avoir participé à ce Tchat dont nous publierons des extraits demain dans votre édition habituelle de Sud Ouest. Nous laissons le mot de la fin à Claude Dupuy... A bientôt sur Sudouest.com!