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Bonjour et bienvenue à tous. Nous sommes aujourd'hui avec Yves Lesgourgues, directeur du centre régional de la propriété forestière d'Aquitaine et coordinateur "tempête" de l'interprofession.
melanie: Je vis dans les Landes et je constate que les dégâts sont énormes. Quand est-ce que l'on pourra retrouver notre belle région? Risque-t-on une autre tempête de ce genre bientôt?
A ce jour, il est extrêmement difficile de quantifier les dégâts. La conviction que nous avons acquise c'est que cette tempête va provoquer des dégâts supérieurs à celle de 1999 et que le département des Landes va payer un très lourd tribut à ces conditions météorologiques exceptionnelles. L'estimation des dégâts oscille entre 30 et 50 millions de m3 alors qu'en 1999 nous n'avions « que » 27 millions de m3 de pins tombés. On observe la prépondérance du nombre de pins cassés plutôt que renversés. Il faudra au moins cinq années pour évacuer tous les arbres chablis et la reconstitution éventuelle de la forêt va s'étaler sur une quinzaine d'années. Quant au paysage landais, il faut attendre l'évacuation des chablis pour savoir le degré d'atteinte du paysage puisque dans beaucoup de communes il reste encore beaucoup d'arbres debout, heureusement.
jean_l: Héritier de deux parcelles de pins (non assurées) très affectées par "Klaus", y aura-t-il des indemnités pour nettoyage des parcelles et replantations? Si oui, quelle elle la marche à suivre?
Sur ce plan-là, les décisions sont en cours de discussion. Il y a une réunion importante aujourd'hui au ministère de l'agriculture qui devrait déjà nous donner quelques indications. Le Syndicat des sylviculteurs pose comme préalable à toute reconstitution de la forêt l'obtention d'une indemnisation significative pour les propriétaires forestiers. Cette indemnisation devrait être versée très rapidement et calculée en fonction de l'âge des pins et du taux de dégâts. La discussion est difficile dans la mesure où la forêt est exclue du Fonds de compensation des catastrophes naturelles. Il faut donc que l'Etat puise dans ses réserves, ce qui n'est pas simple aujourd'hui ou dans le Fonds de garantie européen qui se déclenche à partir de seuils très importants de l'ordre de 3,5 milliards d?euros de sinistre.
Il faut s'attendre à une très forte mobilisation des sylviculteurs autour de cette idée d'indemnisation. Outre l'indemnisation, les sylviculteurs demandent expressément la réactivation du dispositif de 1999 en ce qui concerne le reboisement qui prévoie des aides à hauteur de 80 % pour le nettoyage et la reconstitution.
Maïté: En tant que petit propriétaire dans la zone très touchée (à 60 %) de Parentis-en-Born, à quels interlocuteurs (organismes ou autres) dois-je m'adresser pour obtenir une information, une aide aux démarches nécessaires sur tout ce qui concerne les dégâts de la forêt?
Dans la situation que vous connaissez, il y a plusieurs sources d'information auxquelles vous pouvez accéder : la DDAF (Direction départementale de l'agriculture et de la forêt) qui est devenue depuis peu la DDEAF à Mont-de-Marsan. Vous pouvez également vous adresser au Centre régional de la propriété forestière à Bordeaux : 05 56 01 54 70 qui vous orientera vers un conseiller forestier de votre secteur (MM. Billac, Bazas ou Rodriguez). Ces conseillers forestiers dont les interventions sont gratuites vous guideront dans vos différentes démarches.
Richard: Je voudrais savoir quelle sont les démarches que je dois suivre après avoir rempli la "déclaration de dégât forestier" que je viens de retirer à ma mairie?
Ces déclarations de dégâts constituent les premières démarches à faire et sont à déposer à la fois dans les DDAF, à la mairie, au Centre régional de la propriété forestière. Il est souhaité de conserver un exemplaire pour les services fiscaux afin d'obtenir des dégrèvements. Ces déclarations de dégâts seront également importantes si les sylviculteurs obtiennent l'indemnisation qu'ils réclament. Indemnisation dont le montant sera calculé sur le taux de dégâts observés dans la parcelle.
erick_bordes: Combien de temps avons-nous réellement pour déblayer le bois et qu'il reste marchand?
Voici une question importante et difficile. En ce qui concerne les bois d'oeuvre dont l'exploitation est la plus urgente, l'expérience de 1999 nous a montré que les premiers signes d'altération sur chablis interviennent au bout de six mois. Il faut donc faire son possible pour évacuer le maximum de bois d'oeuvre au cours de cette période. Par la suite le bleuissement du bois s'installe de manière plus ou moins régulière dans le temps, un faible pourcentage au départ et un pourcentage beaucoup plus important au fil des mois. Dans des conditions particulières (bois renversés sur des terrains mésophiles) on a pu récupérer du bois d'oeuvre pendant trois ans. Par ailleurs, il faut savoir que les fabricants de caissage et de palettes peuvent récupérer du bois dans les chablis pendant trois ans. Enfin les utilisateurs de bois de trituration (papier, panneaux) peuvent utiliser du bois chablis pendant six à sept ans au moins.Il faut donc absolument donner rapidement la priorité au bois d'oeuvre, les petits bois peuvent attendre. Et il est préférable, si l'on n'a pas d'acheteur de laisser les gros bois chablis sur coupe plutôt que de les débiter bord de route. Bon courage à Eric.
Dupont Geneviève: Que deviendront les personnes qui vivaient de la filière bois maintenant qu'ils sont ruinés par la tempête. Comment utiliser ce bois rapidement dans la construction et imaginer rapidement une solution avant que le bois ne pourrisse. Comment inciter à la construction bois. S O S, C'est un désespoir sans nom et j'ai peur pour ma famille;
Tous les forestiers compatissent et sont fortement solidaires des sylviculteurs sinistrés. Au-delà de cela, il faut absolument obtenir une indemnisation qui limite les effets de cette catastrophe pour les propriétaires et leur permette d'envisager la reconstitution de leur patrimoine. C'est tout le combat du Syndicat des sylviculteurs aujourd'hui et c'est l'avenir du massif landais. Pour ce qui concerne l'utilisation du bois dans les constructions, une large campagne de promotion et des incitations fiscales devront venir à l'appui des actions qui sont menées actuellement. Le président de la Région, hier à l'Assemblée, a fait des propositions dans ce sens. Elles nous paraissent aller dans le bon sens.
Castor_furieux: Les industries du bois tournant au ralenti depuis plus 6 mois du fait de la conjoncture économique, que va-t-on faire de tout ce bois, quels en seront les débouchés?
Vous avez raison de souligner que la tempête intervient dans un contexte économique très difficile pour les industries de la filière. La crise financière puis économique est aussi passée par là et la situation de 2009 est en cela radicalement différente de celle de 1999 où nous avions une économie qui absorbait tous les produits à base de bois. Il nous faut donc aujourd'hui être imaginatifs, stocker un maximum de bois sous aspersion également de produits semi-finis à la sortie des scieries. Obtenir un financement de ces stocks qui seront considérables en espérant une reprise économique d'ici un à deux ans permettant de sortir de la crise. C'est un chemin étroit et difficile mais nous n?en voyons pas d'autres et c'est pour cela que l'interprofession est en train de proposer une vaste opération de stockage de plus de 10 millions de m3. Il conviendra probablement d'explorer en outre les chemins de l'exportation puisque les quantités renversées correspondent peu ou prou à huit années de consommation normale de la filière.
martinus: Où sont passés les 5 millions d'euro débloqués dans l'urgence par monsieur Barnier?
martinus: Sont ils arrivés dans les landes? Qui peut prétendre à cette enveloppe?
L'enveloppe de 5 millions d'euros annoncée lundi dernier par M. Barnier est en train d'arriver. L'arrêté d'attribution doit être pris avant la fin de la semaine.. Cette somme sera partagée au prorata des dégâts entre l'Association départementale de DFCI (Défense contre les incendies) de Gironde et l'Association DFCI des Landes qui seront maîtres d'ouvrage des travaux d'ouverture des pistes. En clair, les associations départementales vont contracter avec des entreprises de travaux forestiers pour procéder à l'ouverture des chemins. Il va de soi que tout ceci n'est pas contradictoire mais complémentaire avec les efforts considérables déployés dans toutes les communes par les municipalités, les chasseurs, les usagers de la forêt et les bénévoles et propriétaires forestiers qui se sont spontanément manifestés. C'est un travail complexe puisque nous avons près de 40 000 km de pistes et chemins répertoriés dans le massif landais relativement dangereux. Il vaudra mieux le laisser aux professionnels.
I.Sendrane: Un autre aspect du problème : nettoyer une forêt après tempête est dangereux! les Landais se rappellent des accidents survenus en forêt après 1999, parfois mortels malheureusement. Comment éviter que cela se reproduise, notamment chez les "non professionnels" ?
Bonjour Isabelle. Je peux te renvoyer à ma réponse précédente. Après une première phase qui témoigne d'un grand élan de solidarité mais qui effectivement peut déboucher sur des opérations très dangereuses menées par des non-professionnels, mieux vaut s'organiser avec des entrepreneurs de travaux professionnels sous l'égide de la DFCI. C'est la voie qui a été choisie par le ministère et les pouvoirs publics. Bon courage pour toi et ta famille.
AUDE22: Quelles vont être les conséquences sur le prix du bois à court, moyen ou long terme (outre celui des pins, est-ce que cela peut avoir une conséquence sur les autres?) et sur celui des terrains boisés même s'ils n'ont pas eu de pertes suite à la tempête? Auprès de qui localement puis-je obtenir ces informations, sachant que le syndicat des sylviculteurs de Bordeaux me demande d'adhérer alors que je ne suis pas sylviculteur, je souhaite obtenir de simples informations!
La question du prix des bois après un événement de cette nature est une question douloureuse. Lorsque l'on observe comme aujourd'hui plusieurs années de récoltes mises à terre, il est clair que les marchés sont totalement déstructurés. L'approche « libérale » de la question (chaque propriétaire recherche lui-même un acheteur) montre qu'il se produit une dégradation très rapide des prix dans les deux premiers mois qui suivent la tempête avec une décote qui peut dépasser rapidement 50 % du prix d'avant-tempête. Une deuxième approche qui avait été tentée sans succès en 1999 consiste à négocier interprofessionnellement un barème de prix recommandés pour orienter les transactions. Enfin il existe une troisième approche plus dirigiste mise en oeuvre en particulier par les Portugais après les grands incendies de 2003, elle consiste pour l'Etat à fixer un prix plancher en deçà duquel les arbres ne peuvent pas être vendus. Les discussions en cours dix jours après la tempête ne nous permettent pas encore de vous éclairer sur la solution qui sera adoptée. En ce qui concerne les prix des terrains, la question est tout à fait pertinente. La réponse est un peu plus rassurante, l'appétit de foncier aujourd'hui est tel qu'il y a peu de chance que le prix des terrains baisse dans le massif landais. Désolé de ne pas pouvoir vous apporter de réponse plus précise sur ce sujet ô combien important.
JUJU: Que va-t-on faire des arbres tombés au sol si les transformateurs n'ont plus la capacité de pouvoir prendre ce bois à cause de leurs mauvaises ventes des produits finis?
Il faut s'attendre dans un relativement court terme à une saturation du marché immédiat d'achat de bois en raison des difficultés économiques du moment et de la capacité de transformation limitée de l'industrie. Une des solutions vers laquelle on s'oriente est celle du stockage à long terme d?une grande quantité de bois d'oeuvre si possible mais aussi de bois d'industrie. Le système de stockage par aspersion permanente des bois a été expérimenté après 1999 pour des quantités relativement modestes (1,2 Millions de M3). Il s'est avéré parfaitement adapté à la conservation du pin maritime. L'interprofession qui va publier demain son plan d'urgence se propose d'essayer de stocker de l'ordre de 10 millions de M3 pour une durée qui pourrait dépasser trois ou quatre ans. Ceci permettrait de lisser les effets de la crise et d'espérer une sortie lors d'une reprise économique qui interviendra bien un jour. A titre anecdotique, on peut citer le cas d'un scieur important du Médoc, M. Baladhère qui continue à scier avec succès aujourd'hui les stocks de bois d'oeuvre constitués après la tempête de 1999. Un stockage à cette hauteur (10 millions de M3) est une opération extrêmement délicate et complexe qui nécessitera une grande coordination interprofessionnelle. Mais c'est une des voies qu'il convient d'explorer.
martinus: Que sont devenues les aire de stockage et d'aspersion de 1999, sont elles encore opérationnelles? Sinon que va-t-on faire des 40 millions de mètres cube restants
Pour revenir sur les aires de stockage de 1999, peu d'entre elles sont aujourd'hui encore opérationnelles et certaines qui le seraient se révèlent trop excentrées (Carcans en Médoc qui est loin de l'épicentre de la tempête). Il va donc falloir en créer de nouvelle sachant que la superficie cumulée de ces aires risque d'atteindre environ 1 000 hectares. C'est donc un très gros chantier qui s'ouvre devant nous.
Robert Pannier: Ne pourrait-on pas profiter de l'intérêt porté sur notre massif forestier à travers cette catastrophe pour relancer, voire amplifier, la filière "Biomasse", comme le préconise le "Grenelle 2", à partir des déchets d'abattages? GDF-SUEZ ou un autre opérateur de gaz serait dans l'obligation de racheter la production, plutôt que d'en importer! Cela donnerait une vraie légitimité et une ressource financière pérenne pour les propriétaires forestiers, à l'identique des propriétaires de microcentrales électriques dont EDF doit racheter la production d'électricité!
Il est évident que la filière biomasse pourra être alimentée à moment donné par une partie des bois de la tempête. Mais il faut savoir que les gros projets d'usines de cogénération qui vont voir le jour en Aquitaine (Smurfit Facture, Tembec Tartas et Lacq) ne seront opérationnels qu'à partir de 2011-2012. Il faut donc intégrer dans notre plan d'ensemble un approvisionnement de ces usines de cogénération à partir de 2011. Pour l'heure, seules les petites chaudières collectives faiblement consommatrices de bois (de 200 à 1000 tonnes par an) seront alimentées par de la biomasse. A terme, on peut tabler sur 500 à 800 000 tonnes par an de biomasse utilisables sur l'Aquitaine. Enfin, il serait souhaitable de réactiver les deux projets aquitains qui n'ont pas été jugés éligibles par la Commission de régulation de l'énergie lors de l'appel d'offre de 2008 et qui pourrait augmenter la capacité en bois-énergie de notre région.Ceci étant, je me permets d'insister sur la préoccupation majeure du moment : sauver le bois d'oeuvre, le bois-énergie c'est pour plus tard.
dan: Notre région s'appuie sur un réseau de formation forestière complet (Sabres, Bazas,...), chaque année, on retrouve donc un peu plus de monde sur le marché de l'emploi. A quoi peut-on s'attendre à l'avenir?
Il faut rappeler sans cesse que notre filière bois en Aquitaine génère 32 000 emplois directs liés à la forêt et au bois et que les besoins de formation sont continus. Il faut également rappeler que le déficit de la filière bois en France, de l'ordre de 6 milliards d'euros, est le second après celui des hydrocarbures. Ceci pour dire que les besoins en formation sont importants. Pour ce qui concerne le proche avenir (les dix prochaines années) la résolution de la crise devrait fournir des débouchés importants aux candidats qui sont formés à l'heure actuelle. La question qui se pose effectivement plus à moyen terme c'est quid de notre massif sur le moyen et le long terme ?
lili: Je suis sylvicultrice et frappée pour la 2eme fois. Pourquoi n'entendons nous pas parler de forêt et écologie? Notre forêt ne sert elle à rien écologiquement parlant? Le CO2 qu'elle transforme? Quant à l'avenir économique, il s'amenuise de plus enplus. Il faut oser en parler plutôt que de reconstruire une fois de plus s'il n'y a ni avenir économique ni avenir écologique. De plus, vous nous avez imposés des P.S.G. Bref ça ne peut pas durer. Merci de donner votre avis
La question que vous posez est d'une grande complexité et mériterait un long développement. Je partage assez votre point de vue sur le fait que le rôle écologique de la forêt landaise a été beaucoup trop sous-estimé. On va commencer du reste à le reconnaître dès l'instant où elle sera amputée d'une grande partie de ses ressources. On voit déjà le plan d'eau qui remonte dans beaucoup de parcelles (les arbres ne jouent plus leur rôle de pompe). On verra également une atteinte durable à tous les paysages qui nous paraissaient familiers (trop familiers ?) et on peut se poser la question des quantités de CO2 qui seront rejetées dans l'atmosphère si des quantités importantes de bois ne sont pas récoltées. Rappelons simplement qu'une tonne de bois fixe une tonne de CO2. Ce rôle écologique de la forêt landaise y compris au niveau de la biodiversité mérite d'être rappelé.
S'agissant des critères de gestion de cette forêt, il est vrai que ces dernières années, un grand nombre de réglementations à caractère environnemental ont été édictées qui rendaient la gestion de plus en plus contraignante. On a certainement oublié que l'investissement forestier était un investissement à très long terme, qui profite à l'ensemble de la collectivité, mais assis à haut risque. Il faut donc saisir ce triste événement pour réaffirmer le rôle social majeur que joue la forêt et spécifiquement en Aquitaine où elle occupe près de 45 % de l'espace. Pour terminer, le plan simple de gestion, instrument de planification des propriétés forestières peut certes apparaître comme une contrainte mais il est aussi un instrument extrêmement utile pour démontrer que la gestion de nos forêts s'inscrit dans le contexte de développement durable qui est réclamé par l'opinion à l'heure actuelle. Souhaitons qu'il demeure longtemps un plan simple, voire très simple. L'événement du 24 janvier nous démontrant la fragilité de nos prévisions.
martinus: A la réunion de Liposthey, Mr Alousque du CERFOB a décrété qu'il n'y aurait pas de subventions pour les transports. Pensez vous sérieusement que nous pouvons faire sans cette aide? Devons-nous payer pour ceux qui ont été malhonnêtes en 99? Comment peut-on imaginer de surveiller l'emploi de ces aides, si par bonheur, il y en avait?
Je ne pense pas que l'on puisse être aussi péremptoire aujourd'hui. En 1999 l'aide au transport s'est imposée bien après la publication du plan gouvernemental devant la nécessité d'exploiter plus de 150 millions de m3 de chablis à l'échelle nationale. Il est clair qu'une partie des bois de chablis devra être transportée hors du massif landais, parfois sur de très longues distances, mais il faut en effet limiter les effets pervers de l?aide au transport type 1999 et calibrer cette aide de telle sorte qu'elle ne pénalise pas non plus les entreprises locales désireuses de transformer le bois en Aquitaine. C'est un exercice délicat qui devra faire l'objet d'une négociation avec les pouvoirs publics et l'interprofession.
futur ex-sylviculteur ?: Après deux tempêtes en 9 ans ne faut-il pas commencer à réfléchir à faire autre chose dans les Landes que du pin maritime? Au moment où tout le monde parle de changements climatiques et d'énergies renouvelables ne peut-on pas réfléchir à des parcs d'éoliennes, parcs de panneaux solaires, plantation de colza, etc... Il est évident que nous nous trouvons en face d'un échec et la culture du pin dans cette région marécageuse et soumise à des tempêtes qui reviennent régulièrement ne semble plus possible. Ce sujet mérite d'être exploité.
Cette question du devenir du massif landais et des enseignements à tirer de la succession de ces deux tempêtes conduit à un débat qui ne fait que commencer. Les sylviculteurs ne souhaitent pas voir se poser le problème en ces termes, ils aspirent à une juste indemnisation avant de se poser la question de la reconstitution. Au niveau interprofessionnel, nous sommes absolument conscient qu'il faudra ouvrir ce débat en s'appuyant sur les conclusions des scientifiques. Quelques observations cependant : à l'heure actuelle, tous les scientifiques font preuve d'une extrême prudence dans l'établissement d'un lien avéré entre la succession de ces deux tempêtes et le changement climatique.
Deuxièmement, le pin maritime est une essence autochtone présente dans nos régions depuis plus de 10 000 ans, elle est donc fondamentalement adaptée aux conditions climatiques et édaphiques que nous connaissons. Chacun sait que les sols landais sont parmi les plus pauvres d'Europe et peu favorables à un grand nombre d'espèces. Il me paraît cependant qu'une vraie réflexion devra s'ouvrir sur la possibilité d'essence alternative qui puisse se comparer en production au pin maritime et également sur des modes de sylviculture qui pourraient tenir mieux compte de tempêtes successives. Les Ecossais par exemple, très exposés au vent, ont développé des sylvicultures alternatives très adaptées. Enfin pour terminer, aucun scientifique sérieux ne prétend qu'une espèce d'arbre peut résister à des vents au-delà de 160 km/heure. Pour ce qui concerne les énergies renouvelables, un certain nombre de parcs photovoltaïques sont en projet sur le massif landais et à l'étude depuis un an et devraient voir le jour rapidement. Je serai beaucoup plus réservé sur l'éolien puisque les projets qu'on nous proposait récemment prévoyaient des hauteurs d'éoliennes supérieures à 270 m. On peut se demander ce qui serait advenu d?elles à l'issue de la tempête du 24 janvier. Quant à l'agriculture, elle occupe déjà des surfaces très importantes dans le massif. Nul doute que si elle se développait exagérément, elle se heurterait à des problèmes en particulier de ressources en eau qui seraient très graves.
En conclusion je voudrais souligner la gravité de la tempête qui frappe une fois de plus la forêt landaise. Exprimer ma solidarité à tous les sylviculteurs et aux professionnels qui luttent aujourd'hui pour en effacer les premières séquelles. J'ai été profondément marqué par la résolution de la crise de 1999. Je voudrais dire que toutes les forces du Centre régional de la propriété forestière sont aujourd'hui mobilisées pour essayer d?apporter notre modeste contribution au défi immense qui nous attend.
Merci à tous pour votre participation. Désolé de n'avoir pu répondre plus précisément à de nombreuses questions qui nous sont parvenues. Nous ne pouvons hélas aller plus loin dans cette conversation en raison d'impératifs horaires. Chacun devrait néanmoins trouver dans les réponses données par Yves Lesgourgues de quoi alimenter sa réflexion. Merci et à bientôt sur www.sudouest.com